Pour un 1er mai, féministe et trans-frontières

Des associations et mouvements féministe, auquel s’est jointe La Marche Mondiale des Femmes, ont lancé un Appel international à la mobilisation féministe et trans-frontière pour ce 1er mai 2020 ! – Appel ci-après.

Pour être toutes ensemble et visibles en ce 1er mai si particulier, nous appelons à partager cet appel sur les réseaux sociaux et à nous mobiliser à 18h, bruyantes à nos fenêtres, pour une vie sans violence patriarcale et raciste, et sans exploitation.

Le lien de la mobilisation internationale : https://www.facebook.com/events/2560684267514544

————————————-1er mai féministe transfrontière

Texte unitaire : la Marche Mondiale des Femmes est signataire

En cette date historique qui unit les travailleur.se.s du monde entier dans la lutte pour leurs droits, nous, féministes qui sommes force transfrontière et mémoire des luttes, lançons un appel pour un 1er mai féministe transnational

Nous continuons à élever nos voix pour dénoncer ensemble la crise de la reproduction de la vie à laquelle nous sommes confronté.e.s, laquelle précarise et intensifie le travail productif et reproductif des femmes, des lesbiennes, des travestis, des trans et des non-binaires. C’est pourquoi nous devons nous organiser et lutter ensemble.

La pandémie mondiale de COVID-19 a mis en évidence non seulement la crise capitaliste patriarcale, mais aussi qu’il est urgent de transformer la société dans son ensemble. Pendant cette pandémie, des millions de personnes travaillent dans des entrepôts logistiques pour des bas salaires et sans aucune protection. Les conditions de travail des personnes migrantes sont encore plus précaires. Les différentes mesures qui les maintiennent dans une situation irrégulière sur le territoire, comme les politiques d’immigration choisie, ne servent qu’à intensifier la surexploitation.

Des millions de travailleuses de la santé et d’ouvrières travaillent sans arrêt pour des salaires insuffisants dans des conditions indignes, mettant leur vie en danger chaque jour. Des milliers de travailleuses domestiques sont licenciées sans recevoir aucune compensation. Des millions de femmes sont surchargées par le travail du soin et des millions de travailleur.se.s de l’économie informelle, des économies alternatives et populaires et des précaires se retrouvent sans emploi. La crise pandémique montre clairement que les emplois nécessaires à la reproduction sociale, qui sont aussi les plus précaires et féminisés, donnent lieu à une exploitation plus forte.

En même temps, le confinement actuel montre que des milliers de femmes, de lesbiennes, de travesti.e.s et de trans ne peuvent protéger leur santé en restant à la maison et parce qu’elles doivent continuer à travailler. Pour bon nombre de celles qui restent chez elles, le système patriarcal se décharge sur elles de la responsabilité des soins aux enfants et aux personnes âgées, plus vulnérables. Ceci décuple le poids du travail domestique pour lequel il n’y a jamais eu de rémunération ni de limite horaire. Nombreuses sont celles pour qui le foyer n’est pas sûr car il implique l’isolement et l’enfermement avec leurs agresseurs. Les féminicides et les violences envers les femmes et les personnes LGBTQI* ont augmenté durant cette crise. La gestion sécuritaire de cette crise omet cette réalité. Quant aux femmes en situation de handicap, dont le soin et la vie quotidienne sont soumis à des rythmes très particuliers, leur place dans la société est d’avantage invisibilisée.

Nous refusons de laisser l’avenir ressembler à ce présent et nous refusons de revenir à la normalité néolibérale dont l’insoutenabilité se révèle de manière évidente dans cette crise. Nous luttons pour en finir avec l’extractivisme, l’élevage intensif et la production agro-alimentaire à grande échelle qui soumet toutes les espèces vivantes et la terre au profit du capital.

Nous luttons aujourd’hui pour survivre au milieu d’une pandémie, mais nous nous organisons aussi maintenant pour faire face aux conséquences à long terme que cela aura sur les conditions économiques et de vie de millions de personnes dans le monde.

Nous ne voulons pas sortir de cette situation « d’urgence » encore plus endettées et précarisées ! Nous demandons que la richesse sociale soit utilisée pour garantir que chacun.e ait un revenu, que personne ne soit obligé de s’endetter pour survivre. La richesse sociale servira à préserver la vie et ne sera plus accaparée par une minorité de privilégié.e.s. Nous exigeons que l’accès au système de santé soit garanti et gratuit et que les droits à la santé mentale, sexuelle, et (non) reproductive soient reconnus comme droits essentiels parce que le confinement obligatoire ne peut pas être une excuse pour nous faire perdre le droit à disposer de nos corps et notre autonomie.

Dans les quartiers populaires, s’organisent des manifestations aux balcons contre les féminicides et des réseaux d’autodéfense contre les violences machistes. Dans les communautés, les femmes indigènes, qui ont toujours lutté contre la destruction de la planète, s’affrontent à un État qui profite du confinement pour déployer des projets extractivistes. Dans toutes les prisons, les détenu.e.s dénoncent des conditions de détention inhumaines et l’ absence totale de protections. Partout, les personnes migrantes se rebellent contre la surpopulation dans les centres de rétention et réclament des papiers, sans lesquels leur vie, encore plus avec cette pandémie, est soumise à des conditions d’exploitation et de violence accrues. A certains endroits, des grèves surgissent, réclamant que seules les activités indispensables soient maintenues et ceci dans des conditions dignes.

Ces dernières années, la grève féministe a été l’outil qui a uni nos luttes au niveau mondial et nous a permis de rejeter la violence patriarcale dans sa dimension structurelle : à la maison, dans la rue, sur le lieu de travail, aux frontières. Lors de la grève des 8 et 9 mars derniers, nous avons été des millions à travers le monde à nous retrouver, occupant les rues avec notre puissance féministe. Pendant la pandémie et dans les mois qui suivront, le processus d’insubordination alimenté par la grève féministe fait de notre travail reproductif un champ de lutte pour s’opposer à la division sexuelle et raciste du travail et pour exiger la socialisation du travail de soins.

Nous exigeons que toutes les tâches qui ne sont pas nécessaires au maintien de la vie soient suspendues : le travail de tous.tes pour défendre la vie, pas pour les profits ! Nous demandons la fin de la subordination, de l’exploitation, de la précarisation. Nous exigeons également des protections contre le virus dans les emplois essentiels.

Nous voulons tout bouleverser pour mettre fin à la violence patriarcale et raciste de la société néolibérale, pour pouvoir avorter de façon sûre, libre et gratuite, pour cesser de nous endetter, pour disposer de nos libertés. Ce que la grève féministe mondiale nous a appris, c’est que, ensemble, nous sommes fortes et que, maintenant plus que jamais, nous devons unir nos voix, afin d’éviter la fragmentation que la pandémie semble nous imposer.

Nous voulons une sortie de crise féministe transfrontière afin de ne pas revenir à une normalité faite d’inégalités et de violences. En cette journée internationale des travailleuses et des travailleurs, nous crierons toute notre colère contre la violence d’une société qui nous exploite, nous opprime et nous tue.

Le 1er mai, plus que jamais, nous disons que nos vies ne sont pas au service de leurs profits.

En cette journée internationale des travailleur.se.s, nous affirmons une fois de plus que la société peut être organisée sur de nouvelles bases, qu’une vie sans violence patriarcale et raciste et sans exploitation est possible.

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