Violences infligées aux femmes : « Nous exhortons le gouvernement à revoir sa copie

Le samedi 25 novembre, Emmanuel Macron l’a juré, les femmes seront bien la grande cause nationale de son quinquennat. Il a également annoncé son plan d’action pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.

Un discours qui se voulait symboliquement fort et promeut plusieurs mesures nouvelles, telles 10 unités de psycho-traumatologie dans les centres hospitaliers ou l’augmentation des délais de prescription pour les mineur.e.s, et reprend également des mesures existantes comme la formation des professionnel.le.s (inscrite dans la loi depuis 2014), l’interrogation des pratiques des professionnel.le.s de santé (protocole du 5 novembre 2014) ou l’arrêt des bus de nuit à la demande (juillet 2015). Sauf que ces mesures ne sont accompagnées d’aucun financement supplémentaire. Le budget du secrétariat d’Etat sera « sanctuarisé à son plus haut niveau », 30 millions d’euros. En 2017 il était de 29,81 millions d’euros. Les féministes mesurent l’effort sans précédent …

Les crédits interministériels dédiés à l’égalité femmes – hommes passent de 400 millions à 420 millions. Bonne nouvelle ! Mais là encore, il y a un loup : seuls 15 % de ces crédits sont consacrés à la lutte contre les violences. Ajoutons que les 20 millions supplémentaires reprennent des actions qui sont déjà effectuées, qui seront désormais labellisées égalité F-H. Il s’agit donc bien d’un tour de passe-passe budgétaire. Aucune augmentation du budget dédié aux droits des femmes ni aux violences, des annonces non financées. C’est ce qui s’appelle une opération de communication. Comment peut-on se contenter de si peu face à la réalité des violences infligées aux femmes dans notre pays ? 93 000 femmes adultes victimes chaque année de viol et de tentative de viol, 220 000 victimes de violences conjugales ou intrafamiliales, 550 000 victimes d’agressions sexuelles par an…

Deuxième angle mort, le travail. 25 % des agressions sexuelles ont lieu au travail, où les rapports de domination se cumulent avec le lien de subordination et le risque de perdre son emploi pour les victimes qui auraient le courage de briser le silence. Les syndicats et les associations proposent des mesures à intégrer dans la loi, pour sanctionner les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations de prévention et pour protéger les femmes victimes de violences.

Ajoutons que le gouvernement supprime avec ses ordonnances les seuls outils de prévention au travail, les CHSCT. Au niveau international, nous avons réussi à imposer à l’ordre du jour de l’Organisation Internationale du Travail en juin prochain l’examen d’une norme contre les violences et le harcèlement. Le contenu et la portée de cette norme dépendront de la position des Etats, aussi est-il regrettable qu’Emmanuel Macron n’en ait pas dit un mot samedi… Ce d’autant que pour l’instant, la position de la France est… étonnante : elle refuse que les violences fondées sur le genre soient identifiées spécifiquement dans cette norme.
Mais, que l’on se rassure, il y aura une session de rattrapage. Emmanuel Macron l’a dit, il s’agit de premières annonces. Et heureusement parce qu’aujourd’hui le compte n’y est pas, face à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles. D’ici là, nous exhortons le gouvernement à revoir sa copie et à prendre en compte, sans anathème, chantage ou pression sur aucune d’entre nous, les critiques des féministes. Nous demandons une augmentation budgétaire au moins équivalente à ce que l’Espagne a débloqué – à savoir 1 milliard sur 5 ans – associé à une loi-cadre contre les violences permettant notamment de transposer dans le droit français la Convention d’Istanbul. Le respect du débat démocratique impose que l’on accepte, surtout sur un sujet si important, que ces annonces soient passées au crible, vérifées, confrontées à la réalité et dénoncées pour ce qu’elles sont : très en-deçà de l’enjeu et de l’urgence.

Signataires : Ludmila Acone, historienne ; Sihame Assbague, journaliste et militante ; Ana Azaria, présidente de Femmes Egalité, Anne Baltazar, syndicaliste ; Christine Bard, historienne ; Marie Noëlle Bas, présidente des Chiennes de Gardes ; Françoise Basch, professeur émérite à l’université Denis Diderot ; Francine Bavay, présidente de SOS femmes alternative, Centre Flora Tristan ; Delphine Beauvois, auteure de littérature de jeunesse ; Maude Beckers, avocate ; Fatima Benomar, co-porte-parole des effronté-e-s ; Savine Bernard, avocate ; Eric Beynel, co porte-parole de Solidaires ; Gérard Biard, président de Zero Macho ; Agnès Bihl, chanteuse ; Sophie Binet, pilote du collectif Femmes mixité de la CGT ; Catherine Bloch-London, militante féministe altermondialiste ; Rita Bonheur, présidente de l’Union des Femmes de Martinique ; Emmanuelle Boussard Verrechia, avocate ; Michel Bozon, sociologue ; Geneviève Brissac, écrivaine ; Marie-Laure Brival, gynécologue-obstétricienne, cheffe de service Maternité des Lilas ; Carole Cano, syndicaliste CFE-CGC ; Pascale Carayon, féministe ; Coline Cardi, sociologue ; Marie -France Casalis, porte-parole du Collectif Féministe Contre le Viol ; Marie Cervetti, militante féministe ; Carole Chotil Rosa, militante féministe ; Annick Coupé, syndicaliste et altermondialiste ; Madeline Da Silva, militante féministe et des droits de l’enfant ; SaÏd Darwane, Conseiller national UNSA ; Michèle Dayras, Présidente de S.O.S. Sexisme ; Laurence De Cock, historienne ; Caroline De Haas, militante féministe ; Christine Delphy, sociologue ; Monique Dental, présidente du Réeau Féministe « Ruptures » ; HéloÏse Duché, militante féministe ; Sylvia Duverger, blog Féministes en tous genres ; Eric Fassin, sociologue ; Christine Fauré, historienne ; Aude Fiévet, Le Monde à travers un Regard ; Léa Filoche, militante féministe ; Geneviève Fraisse, philosophe ; Jean Gadrey, économiste ; Nicole Gadrey, sociologue ; Valérie Ganne, journaliste, auteure ; Sigrid Gérardin, secrétaire nationale de la FSU ; Cécile Gondard Lalanne, co porte-parole de Solidaires ; Clara Gonzales, initiatrice du « 06 anti relou » ; Bernadette Groison, secrétaire Générale de la FSU ; Véronique Haché, directrice Générale d’Autolib et de Velib métropole ; Anaïs Haddad, co-présidente des effronté-e-s ; Clémence Helfter, dirigeante de l’UGICT-CGT en charge de l’égalité F-H ; Alice Heyligers, ancienne militante du MLF ; Helena Hirata, sociologue ; Violaine Husson, responsable des questions de genre à la Cimade ; Clara Jaboulay, présidente de l’Union Nationale Lycéenne ; Marie-Anne Juricic, auteure, Sociologue ; Danièle Kergoat, sociologue ; Annie Lahmer, féministe ; Mathilde Larrere, historienne ; Sandra Laugier, philosophe ; Lila Le Bas, présidente de l’UNEF ; Yannick Le Quentrec, sociologue ; Élisabeth Leininger, psychopraticienne ; Séverine Lemière, économiste ; Elliot Lepers, chef d’entreprise ; Florence Lhote, présidente de L’Association Entraide et Mouvement des Femmes ; Sylvie Liziard, Secrétaire nationale UNSA ; Raphaëlle Manière, délégation droit des femmes du CESE ; Marie-Thérèse Martinelli, Marche Mondiale des Femmes ; Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ; Christiane Marty, Fondation Copernic ; Maia Mazaurette, journaliste ; Dominique Meda, sociologue ; Mar Merita Blat, militante féministe ; Florence Monteyraud, Encore Féministes Tania Mouraud, artiste plasticienne ; Solmaz Ozdemir, Skb France ; Birthe Pedersen, présidente d’ActionAid France – Peuples Solidaires ; Sophie Pochic, sociologue ; Claire Poursin, co-présidente des effronté-e-s ; Soudeh Rad, militante féministe ; Raphaëlle Remy Leleu, porte-parole d’Osez Le féminisme ; Sabine Reynosa, collectif Femmes mixité CGT ; Florence Rochefort, historienne ; Marie-Sabine Roger, auteure ; Suzy Rojtman, porte-parole du Comité National du Droit des Femmes ; Roselyne Rollier, présidente de la Maison des Femmes – Thérèse Clerc ; Laure Salmona, co-fondatrice du collectif Féministes contre le cyberharcèlement et co-initiatrice de #SoyezauRDV ; Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie ; Zeynep Saygi, Association Citoyenne des Originaires de Turquie ; Sybille Schweier, sociologue ; Geneviève Sellier, professeure émérite à l’université Bordeaux Montaigne ; Réjane Senac, politiste ; Rachel Silvera, économiste ; Charlotte Soulary, cofondatrice de Chair collaboratrice ; Isabelle Thieuleux, Cndf ; LoÏc Trabut, Chercheur à l’Institut National d’études démographiques ; Françoise Traverso, présidente de l’Association Internationale des Droits de l’Homme ; Elodie Tuaillon-Hibon, avocate ; Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT ; Françoise Vouillot, psychologue.

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